Logement des saisonniers
Une épine dans le pied

David Duvernay
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Sur les 25 000 saisonniers présents pour les vendanges, seulement 10 % sont logés sur les exploitations. Pour les autres, trouver un logement est un problème.

Une épine dans le pied
Lors de sa conférence de presse de rentrée à Morancé, la FDSEA a alerté les élus sur les difficultés de l'accès au logement pour les saisonniers, notamment en période de vendanges.

Jeudi 3 septembre, à Morancé, au domaine de La Croix de l’Ange, chez Mathieu Sacquin, la FDSEA du Rhône a effectué sa rentrée syndicale, en présence de Gérard Bazin, président de la chambre d’agriculture, du Département du Rhône, représenté par son président Christophe Guilloteau, et sa vice-présidente en charge de l’agriculture, Colette Darphin, mais aussi de Claire Peigné, présidente de l’Association des maires du Rhône et de la Métropole de Lyon et des présidents d’intercommunalités (plus d’informations à lire sur notre site Internet).

Lors de ce rendez-vous, Luc Pierron, président d’Agri Emploi 69, a tiré un premier bilan de l’emploi saisonnier, aussi bien sur cette courte période des vendanges que depuis le confinement pour l’ensemble des filières. "On a constaté un élan de solidarité. Des personnes sont venues nous aider sur nos exploitations. Mais on avait surtout besoin de personnes voulant vraiment travailler sur la durée. Et certains se sont rendus compte de la difficulté du travail en agriculture. C’est à la fois physique et technique", a-t-il affirmé.

Plus spécifiquement pour les vendanges, au-delà des traditionnels abandons ou désistements de dernière minute, les viticulteurs ont été confrontés au contexte sanitaire. La filière a mis en place des dispositifs inédits : affichage des règles sanitaires, gel hydroalcoolique, désinfection régulière des seaux, sécateurs et locaux, maintien des distances entre les saisonniers. "On peut souligner tout le travail réalisé conjointement entre tous les organismes professionnels (MSA, Agence régionale de la santé, l’État, la FDSEA, les ODG, etc.) pour diffuser les informations sanitaires nécessaires", a souligné Luc Pierron.

"Trop froid au 15 août…"

Avec l’arrivée d’environ 25 000 travailleurs saisonniers durant les vendanges, dont 30 % d’étrangers, se pose surtout la question du logement. Selon la FDSEA, seuls 10 % des saisonniers sont logés sur les exploitations qui ont la possibilité de le faire du fait du patrimoine existant. Pour les autres vendangeurs, il faut donc trouver des logements bon marché. Et c’est là que le bât blesse selon Luc Pierron. "On nous avait dit qu’on nous aiderait à trouver des solutions. Mais finalement, c’est une déception. On a subi un premier revers avec les campings. L’offre n’est pas suffisamment conséquente dans notre vignoble et des gérants nous ont indiqué qu’ils n’étaient pas intéressés pour accueillir des vendangeurs à cette période. On nous a aussi proposé des gîtes et des hôtels. Seulement, c’est un coût trop important pour les saisonniers et on se heurte à des problématiques réglementaires", a-t-il développé.

Dans le Beaujolais, il n’est donc pas rare de croiser des camping-cars et des tentes installés dans des prés à proximité des domaines. "Des saisonniers préfèrent être autonomes. C’est d’autant plus légitime cette année avec la crise sanitaire", a-t-il assuré. Or, un arrêté de 1996 interdit de loger les saisonniers sous tentes. Le Rhône a bien essayé de demander une dérogation. En vain. "Pourtant, on a laissé la possibilité à des saisonniers de dormir dans leur propre tente, en leur mettant à disposition des sanitaires décents", remarque Luc Pierron, soulignant aussi quelques aberrations de l’État pour justifier son refus d’accorder une dérogation. "On nous a dit qu’il faisait trop froid la nuit… au 15 août".

Pour Luc Pierron, il devient pourtant impératif d’avancer sur cette problématique de l’accès au logement pour les saisonniers – même hors période de vendanges - un élément clé pour garantir l’emploi des saisonniers et plus globalement le maintien de l’agriculture sur le territoire. Cette année, la FDSEA a obtenu pour des saisonniers qui ne pouvaient pas être logés une aide de 150 euros grâce à Action logement. Mais c’est insuffisant. D’autres alternatives possibles ont été évoquées notamment la valorisation de bâtiments abandonnés pour le logement des saisonniers mais aussi des apprentis ou stagiaires. Plus spécifiquement sur le territoire du Pays de L’Arbresle, un projet d’investissement dans des bungalows est en réflexion, avec l’appui financier du Département et d’autres collectivités et organismes (Région, communauté de communes, Action logement). Ces bungalows destinés aux saisonniers en arboriculture pourraient aussi servir de logement pour les vendangeurs. Pour Luc Pierron, "il faut absolument que nous nous mettions tous autour d’une table pour trouver des solutions rapidement et ainsi s’enlever une épine qui nous rentre de plus en plus dans le pied".