Grandes cultures
Les oiseaux de malheur des maïs

Emmanuelle Perrussel
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Plusieurs agriculteurs, notamment des céréaliers de l’Est lyonnais, déplorent d’importants dégâts de corvidés. Témoignages de Bruno Duchamp, associé avec son frère à Solaize et de Stéphane Peillet exploitant à Saint Priest.

 Les oiseaux de malheur des maïs

Les années se suivent et se ressemblent sur certains points. Les dégâts causés par les nuisibles, notamment les corvidés, demeurent un épineux dossier qui provoquent la colère de nombreux agriculteurs, souvent impuissants, d’autant plus qu’ils ont tendance à prendre de l’ampleur au fil du temps.

Dès le mois d’avril, les corbeaux étaient dans les champs de maïs pour se délecter des graines, voire des germes. Bruno Duchamp, qui exploite 170 ha avec son frère, en blé, maïs, tournesol, orge et sorgho, à Solaize, ne cache pas sa colère. « L’une de nos parcelles de maïs de 12 ha située près du golf de Saint-Symphorien-d’Ozon a été presque entièrement ravagée par les corbeaux au mois d’avril. Nous avons dû ressemer 9 ha ! À cette période, ils se nourrissent moins facilement et en plus, le golf est arrosé, donc il avait à boire et à manger sur le même site. »

Ressemer 9 ha a un coût important. « Une dose de semences coûte environ 100 €, 16 doses sont nécessaires pour 9 ha plus le travail, cela représente plus de 2000 € », estime Bruno Duchamp. « Et encore, je n’ai pas eu à repasser une 2e fois comme l’un de mes voisins qui avait ressemé sans retravailler la terre. Les corbeaux sont revenus lui manger les graines. »

Quelles solutions ?

Côté solutions, il en existe plusieurs mais aucune ne semble complètement efficace. « Les chasseurs de notre secteur ont procédé à des tirs et en ont tué près de 200. Malgré leur bonne volonté, vu la taille des vols, c’est largement insuffisant. Il faudrait trouver autre chose pour limiter ces populations. Cette année, nous avons également investi dans un canon effaroucheur, adapté pour 5 ha, qu’il faut installer le matin, déplacer dans la journée et retirer le soir. »

Selon le céréalier de Solaize, « peut-être devrions-nous semer moins tôt ? Les corbeaux trouveraient davantage de la nourriture début mai qu’en avril et se concentreraient moins sur nos semis de maïs. On a aussi certaines semences traitées avec des produits répulsifs, mais il n’est pas impossible que ces substances finissent par être supprimées du marché… ». Bruno Duchamp note par ailleurs qu’il a préféré s’abstenir de semer des tournesols par peur des pigeons et des tourterelles qui sont à l’origine de nombreux dégâts.

Stéphane Peillet, céréalier à Saint Priest confirme que « la profession a pu obtenir l’autorisation d’utiliser des semences traitées au Korit en faisant le forcing. Les parcelles concernées ont moins subi de dégâts que celles où la semence n’était pas enrobée. Pour ma part, j’ai eu jusqu’à 50 % de dégâts, sur le secteur de Chaponnay. J’ai ressemé avec les semences traitées et les corvidés ne les ont pas mangées ». L’agriculteur de Saint Priest a aussi remarqué qu’un semis à une profondeur de plus 5 cm permet de limiter l’accès des corbeaux aux graines.

Plusieurs céréaliers font également partie d’un groupe de travail avec la Ligue de protection des oiseaux (LPO) pour tenter de trouver ensemble des solutions de gestion des populations, entre autres par des mesures d’effarouchement. Mis entre parenthèses pendant la crise sanitaire, ces travaux pourraient avoir bien avancé d’ici février ou mars prochains 2021.