Aléas climatiques : une nouvelle protection pour les propriétaires forestiers

Simon Alves
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Face à la multiplication des phénomènes climatiques impactant la forêt du Rhône, le syndicat des exploitants privés Fransylva s'est doté d'une offre d'assurances spécifique, comme le demande à présent l'Etat.

Aléas climatiques : une nouvelle protection pour les propriétaires forestiers
Les lourdes chutes de neige plient et déforment certains arbres du côté de Ronno, en Beaujolais.

"C'est comme ça depuis deux hivers." Sur les hauteurs de Ronno, près du Lac des sapins, Patrick Recorbet déplore les dégâts sur ses plantations. Cogérant et propriétaire avec son frère Christophe de l'exploitation forestière Recorbet fils, il constate l'impact des chutes de neige de ces derniers jours : des mélèzes couchés au sol, ou biscornus à cause du poids de la poudreuse, dans le meilleur des cas. "Ce sont des dégâts assez lourds que l'on a déjà eu en 2018 et en 2019, explique Patrick Recorbet. La neige déforme et plie les arbres et on connaît des températures de -10 à -15 degrés parfois." Un phénomène récent, comme en atteste l'expérience de l'exploitation. 

Créée en 1956 par leur père Jean Recorbet, les frères ont repris le flambeau en 1994. Outre la catastrophe de la tempête de 1999 qui a fait perdre 20 % de volume forestier à la propriété, ils constatent depuis quelques années le renforcement de ces phénomènes ponctuels. Et si toutes les plantations ne sont pas impactées également en raison de leur exposition ou de leur emplacement, la famille Recorbet connaît des taux de mortalité importants sur les 30 hectares plantés chaque année. Des pertes qui ont évidemment un coût. "On estime cela à 20 000 euros par an", juge Christophe Recorbet. Car pour replanter sur une parcelle, cela peut coûter jusqu'à 5000 euros.

Une assurance pour prévenir

Aujourd'hui, les frères Recorbet expliquent ne pas avoir assuré le moindre hectare de forêt qu'ils possèdent. Une problématique qui s'observe chez de nombreux exploitants qui en pâtissent. Car depuis 2017, l'Etat n'indemnise plus les propriétaires qui n'ont pas souscrit d'assurance en cas de catastrophe naturelle. C'est la raison pour laquelle de son côté le syndicat Fransylva, qui regroupe 1400 adhérents et 18 000 hectares de forêt, propose depuis peu une nouvelle offre d'assurance nommée Sylvassur Reconstitution et couvrant les dégâts causés par la tempête, l'incendie ou la neige. "Il existait des offres permettant de protéger le patrimoine, mais concernant les dommages climatiques récents qui se multiplient les propriétaires forestiers étaient un peu plus démunis", détaille Bruno de Brosse, président des sections Rhône et Auvergne-Rhône-Alpes de Fransylva.

"Le nombre d'adhésions à l'offre commence à décoller, ça démontre qu'on avait une véritable attente de ce côté-là", ajoute-t-il. Cette souscription s'accompagne d'incitations fiscales, dont des réductions d'impôts. En fonction du bois, l'hectare peut être assuré 1000, 2000 ou 5000 euros selon les risques contre lesquels l'exploitant souhaite être protégé. Une  offre à laquelle Patrick et Christophe Recorbet envisagent de souscrire. Et ce même si cela ne couvre pas tous leurs besoins. Car depuis cinq ans, l'un de leurs principaux soucis, c'est la sécheresse et ses conséquences sur les Douglas qui peuplent leur forêt. "On observe des phénomènes nouveaux, comme des plantations plutôt jeunes qui produisent des cônes, s'inquiète Patrick Recorbet. Sur des arbres qui ont dix ou quinze ans, ce n'est pas normal. Cela signifie qu'il va mourir et qu'il cherche déjà à se reproduire." 

Un phénomène climatique qui, pour l'heure, c'est pas pris en compte par les assurances. "Les conséquences de la sécheresse sont difficiles à évaluer, argumente Bruno de Brosse. Cela affaiblit les arbres et cause des maladies. Pour l'instant c'est aux exploitants de trouver des parades, comme faire des analyses de terrain pour prendre en compte les changements et planter des essences moins gourmandes en eau. Mais une prise en compte viendra peut-être." Une évolution qui serait bienvenue pour la famille Recorbet. Chaque année, elle évalue entre 40 et 50 % les pertes sur les jeunes plantations dues à la sécheresse.