GEL
Face aux dégâts de gel, la Copamo sort le chéquier

Simon Alves
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Face à l'épisode de gel de début avril, la communauté de communes du Pays Mornantais a décidé de soutenir financièrement ses arboriculteurs les plus sévèrement touchés. Une enveloppe de 300 000 euros dont les conditions d'attribution restaient encore à déterminer.

Face aux dégâts de gel, la Copamo sort le chéquier

Ils sont 90 arboriculteurs à mailler le territoire de la communauté de communes du Pays Mornantais (Copamo). Autant de professionnels du fruit qui ont connu, à différents degrés, des pertes sur leurs exploitations suite à l'épisode de gel de début avril. C'est à ce titre que la Copamo a annoncé mercredi dernier en conseil communautaire de voter une aide de 300 000 euros pour soutenir la profession. "Que ce soit sur le secteur de Soucieu-en-Jarrest, Orliénas, Thurins ou encore Bessenay, les impacts ont été très forts, a rappelé en préambule Renaud Pfeffer, président de la Copamo. Et même sur certaines exploitations où nous avions l'espoir d'avoir de la récolte, on s'aperçoit au fur et à mesure que ça ne s'annonce pas si bien que ça."

Un constat auquel a souscrit dans la foulée le président de la chambre d'agriculture du Rhône Gérard Bazin. Le matin même de l'annonce, ce dernier était en comité départemental d'expertise où les pertes ont pu être évaluées pour les fruits à noyaux. "On parle de pertes de 95% pour les abricots, de 90 % pour les pêches, de 80 % pour les prunes et de 55 % pour les cerises", a-t-il précisé. Sur le plan financier, cela représenterait 10 millions d'euros de manque à gagner pour le Rhône. Seulement 3 millions d'euros seraient espérés à travers le fonds calamités agricoles. Des difficultés financières à venir donc, auxquelles s'ajoute inévitablement un impact psychologique fort.

Les jeunes d'abord

C'est dans ce cadre que la Copamo a souhaité réagir vite. Une volonté illustrée par la rapidité d'exécution de la décision. "Nous avons délibéré le mardi soir, puis présenté le dispositif ce mercredi, avant jeudi de mettre en place un comité de pilotage pour l'attribution des aides et enfin de mettre en paiement à la trésorerie vendredi", a expliqué Renaud Pfeffer. Selon les délais annoncés par la Copamo, à l'heure où nous écrivons ces lignes, les premiers versements pourraient intervenir entre cette fin de semaine et le courant de la semaine prochaine. Ils concerneront une première partie de l'enveloppe, estimée à 150 000 euros, et devant prioritairement traiter l'urgence des agriculteurs les plus durement touchés. Pour les identifier, la Copamo assure avoir réalisé un travail de recensement avec ses communes.

Ces dernières ont été chargées d'appeler chaque arboriculteur pour s'enquérir de sa situation. Les élus ont aussi pu en rencontrer plusieurs, et dont le discours a aiguillé la politique d'indemnisation de l'intercommunalité. "Ce qui est ressorti de nos échanges, c'est que beaucoup d'agriculteurs souhaitaient avant tout que l'on s'occupe des jeunes qui ont des besoins de trésorerie", a détaillé Charles Jullian, vice-président en charge de l'environnement et conseiller municipal à Taluyers. Une orientation de la profession en phase avec celle de la chambre d'agriculture, qui souhaite s'appuyer sur le réseau Rebonds aussi pour identifier les plus en souffrance. "Avant de penser à installer des gens, il faut s'assurer qu'ils ne partent pas", a prévenu Gérard Bazin. Concernant la deuxième partie de l'enveloppe, ils devraient être adossés au plan de soutien à l’étude au niveau de la Région en lien avec les départements et les établissements publics de coopération intercommunale.

Face aux minimis, la tentation du SMHAR

Reste que l'attribution de ces aides doit prendre en compte la question du régime de minimis agricole, plafonnant à 20 000 euros sur trois ans le montant d'aides qu'un agriculteur peut recevoir hors calamités agricoles. Les 15 millions d'euros accordés par la Région par exemple, sous la forme d'un forfait à l'hectare, sont pris en compte dans ce calcul. "Il faudra aussi faire attention à la notion d'aide d'urgence, a prévenu Erick Dominique, producteur de fruits à Thurins et membre du bureau de la chambre d'agriculteur. Si vous mettez plus que ce que l'Etat offre dans son aide d'urgence, l'agriculteur peut perdre celle de l'Etat." Pour parer à cette éventualité, la Copamo assure avoir intégré cette aide à son plan d'urgence de soutien économique aux entreprises, dérogeant de fait aux minimis. Pour flécher les montants sans passer par de l'aide directe aux agriculteurs, les deux représentants de la chambre d'agriculture n'ont pas hésité à soumettre la même idée que celle qu'ils avaient proposée à la Métropole de Lyon : prendre en charge le forfait d'irrigation au Syndicat mixe d'hydraulique agricole du Rhône. "Cela renforcera et sécurisera un outil dont tous les arboriculteurs ont besoin, ça ne rentre pas dans les minimis, et ça ne présente que des avantages", a plaidé Erick Dominique.

Une proposition qui n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd, en l'occurrence celle de Renaud Pfeffer qu'il a qualifiée de "super idée". Ce soutien par chemins de traverse pourrait ainsi permettre de venir aussi en aide à ceux dont la spécialisation en fruits n'atteint pas 60 % de leur production totale, soit le seuil requis pour bénéficier de 50 % de l'indemnité calamités agricoles dès le mois de juillet, comme promis par l'Etat. A l'issue de la conférence de presse, les élus de la Copamo et de la chambre d'agriculture ont visité l'exploitation de Simon Mermet, arboriculteur à Mornant. Sévèrement impacté, ce dernier n'avait pourtant que 4 % de chances d'être touché par le gel. Symbole d'un phénomène climatique hors-normes, appelant une réponse devant l'être tout autant.