Ambroisie
La lutte a évolué

Emmanuelle Perrussel
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La gestion de l’ambroisie, cette plante envahissante et allergisante, n’est pas une mince affaire. Les agriculteurs d’hier et d’aujourd’hui ont dû trouver des solutions. Témoignages de Gilles Barioz, céréalier bio à Corbas et de Joseph Rivoire, ancien producteur de grandes cultures à Corbas aussi et membre de la section des départementale des anciens exploitants (SDAE).

La lutte a évolué

Les céréales à paille sont mûres, et justement les moissons ont démarré en ce début d’été. Gilles Barioz, associé avec Jean-Philippe Payet-Bernoud sur 2 exploitations de grandes cultures bio et en conversion, sait aussi que derrière les récoltes, l’ambroisie va s’en donner à cœur joie.

« Une fois les blés moissonnés, elle explose car elle retrouve la lumière et la place pour se développer », indique l’agriculteur qui conduit deux essais en parallèle pour tenter de limiter la prolifération de l’ambroisie dans ses cultures.

« Cette année, je teste la mise en place de trèfle violet (entre 8 et 16 kg / ha). Je l’ai semé à la volée en sortie d’hiver sur blé, orge et triticale. Le but est qu’il concurrence l’ambroisie en occupant le terrain. Sur une autre parcelle d’orge d’hiver, l’Isara conduit un autre essai qui vise entre autres à lutter contre les pucerons mais qui peut aussi avoir un effet contre l’ambroisie. Il a consisté à implanter fin septembre-début octobre, au moment des semis, du trèfle », détaille Gilles Barioz.

L’obligation d’agir

Les agriculteurs procèdent sinon à un voire deux déchaumages après récolte et sèment ensuite un couvert, qu’ils soient bio ou conventionnels. « Ce couvert peut être un mélange type méteil qui contient par exemple de la féverole, du pois fourrager, du seigle, etc. C’est un système qui fonctionne plutôt bien, même si quelques pieds ressortent. » Aux dires de Gilles Barioz, cette plante invasive fait partie des nuisibles contre lesquels il faut lutter depuis longtemps. « Mon père en avait. Depuis plusieurs années, un arrêté préfectoral rend obligatoire sa destruction avant qu’elle monte en graine et qu’elle soit en fleur. Les agriculteurs jouent le jeu en général mais elles prolifèrent près de nos parcelles sur des terrains vagues, des chantiers… »

Joseph Rivoire, agriculteur à la retraite depuis 2002, confirme que l’ambroisie n’est pas un phénomène nouveau. Après avoir été éleveur laitier et polyculteur avec son papa, l’ancien exploitant s’est spécialisé en grandes cultures dès 1973 et était aussi à la tête d’une entreprise de travaux agricoles. Et il connait bien le sujet. « Lorsque j’étais enfant, on s’amusait dans les plants d’ambroisie et localement on l’appelait la moutarde ! Mon père la fauchait et la faisait brûler. Elle n’était pas spécialement allergisante dans mes souvenirs puis peu à peu, les problèmes de santé liés à l’ambroisie se sont accentués. Peut-être que la pollution y est pour quelque chose ? », s’interroge le membre de la section des anciens exploitants. « Il me semble que dans les années 1970, beaucoup de parcelles étaient plantées en tournesols sur le secteur de l’Est lyonnais et l’ambroisie s’épanouit dans les tournesols. La lutte à ce moment-là n’était pas assez efficace, le binage ne suffisait pas vraiment à la détruire et elle s’est développée. Quelques années plus tard, l’engagement pour sa destruction a été plus important, je me souviens que la police municipale faisait des tournées pour vérifier que les agriculteurs veillaient à son élimination », explique Jo Rivoire.

Celui-ci, lorsqu’il était en activité, procédait à son arrachage après la moisson à l’aide des disques et si besoin, appliquait une faible dose de glyphosate pour bien l’éliminer, notamment si le sol était sec et rendait compliqué le passage des disques.

« En plus de l’ambroisie, on peut aussi parler des graminées qui ne sont pas coupées en temps utile le long des routes et qui envahissent les parcelles à côté, ainsi que les chardons et les folle avoine », selon Jo Rivoire.