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A un tournant

Simon Alves
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Inter Beaujolais se réunissait jeudi 22 juillet dernier pour son assemblée générale ordinaire. La première pour la nouvelle mandature depuis sa nomination en janvier. Daniel Bulliat, président et Philippe Bardet, vice-président, ont présenté la feuille de route pour un mandat qui s’annonce décisif pour le vignoble.

A un tournant

Une si grande salle, pour si peu de monde. Jeudi 22 juillet, le Domaine des Communes à Anse accueillait l’assemblée générale ordinaire d’Inter Beaujolais. Un événement qui, pour l’ensemble des participants, était l’occasion de dégainer pour la première fois le pass sanitaire. Résultat des courses, entre ceux qui n’avaient pas encore leur précieux sésame, ceux qui ont dû être excusés et ceux qui ont suivi la réunion en visioconférence, les 400 m² de la salle multifonctions mise à disposition par la commune sonnaient un peu creux. Cela n’a évidemment pas empêché Daniel Bulliat d’ouvrir sa première assemblée en qualité de président de l’interprofession depuis son élection en janvier. « Le vice-président, Philippe Bardet, et moi-même remercions le maire d’Anse de nous accueillir dans cette magnifique salle », a-t-il débuté.

Outre la mise au vote de l’approbation du compte-rendu de l’assemblée du 28 janvier, cette réunion estivale a été l’occasion de présenter le budget 2021. Sur une base de 630 000 hectolitres de cotisation volontaire obligatoire, celui-ci présente pour l’heure un résultat de -732 215 €. « Ce budget ne tient pas compte des subventions que nous avons demandées et qui sont en attente de conventions, a signalé Sylvie Aligne-Serrano, responsable comptabilité et ressources humaines pour Inter Beaujolais. On parle d’un montant important de 651 000 €, ce qui ramène le déficit à -80 575 €. » Dans ce budget, la promotion à l’égard de la France représente à elle seule 2 millions d’euros. À l’étranger, les États-Unis demeurent le premier poste de dépenses en matière de promotion avec près de 480 000 € alloués. Viennent ensuite la Grande Bretagne, le Canada, le Japon, la Grande Chine et la Suède.

« Nous allons manquer de vin »

Le temps des chiffres passés, l’heure du rapport moral est arrivée. Et c’est le vice-président Philippe Bardet, représentant du négoce, qui a ouvert le bal des tours de parole. « Nous avons des chiffres que nous avons passé des mois à analyser grâce à la transparence de l’interprofession, a déclaré le négociant. Le constat est synthétique et clair : nous allons manquer de vin, dès cette année, et durablement. » Une observation qui ne sort pas du chapeau de Philippe Bardet, mais bien de la conjoncture de plusieurs éléments factuels. Tout d’abord les conditions climatiques « redoutables » qui laissent présager une « petite récolte » (entre 500 000 et 600 000 hectolitres). Mais aussi une demande qui depuis trois ans est devenue supérieure à l’offre du vignoble, avec des stocks de plus en plus bas. « Il faut s’en réjouir, a tempéré le vice-président. Nos vins ont du succès, et tout ceci est lié à leur qualité. Nous sommes en train de tourner la page de nos consommateurs vaccinés au beaujolais nouveau pour aller vers des gens plus ouverts mais aussi plus exigeants. »

Cette « beaujolais mania » est aussi due au caractère mondial de cette demande, avec un maintien de la consommation malgré l’arrêt de la restauration pendant 18 mois. « Tous les indicateurs sont au vert avec des succès commerciaux phénoménaux », a insisté Philippe Bardet. S’il a salué la suspension de la taxe Trump qui a permis cette croissance, le négociant a néanmoins appelé les gouvernants français à la « solder » face au risque de voir revenir l’ex-président américain d’ici quatre ans. Prêchant inévitablement pour sa paroisse, le vice-président d’Inter Beaujolais a aussi souligné la part importante du négoce dans la commercialisation des vins du Beaujolais. « Cela permet de rappeler aux gens qui pensent que l’on peut se passer du négoce que l’on est incontournables », a-t-il clamé à la tribune.

Objectif 15 000 hectares et 750 000 hectolitres

Autant de perspectives réjouissantes qui ne pourront se concrétiser que dans un contexte plus favorable. Contexte qui passera nécessairement par un arrêt de l’arrachage continu qui s’observe depuis une dizaine d’années. « Notre vignoble est ridiculement petit, a alerté Philippe Bardet. On ne peut imaginer que l’on accepte cette diminution de surface. Nous affirmons avec force que notre vignoble doit représenter 15 000 hectares et 750 000 hectolitres à la fin de notre mandature. » Un objectif ambitieux qui passera notamment par un plan de renouvellement des générations (voir page 2). Après avoir insisté aussi sur la nécessité de maintenir un juste prix du vin et le caractère essentiel de la contractualisation pluriannuelle, c’est le président Daniel Bulliat qui a pris la parole. Le viticulteur a pour sa part mis l’accent sur la valorisation du vin beaujolais. « On peut se poser la question de la raison de ces pertes de vigne, a-t-il interrogé. Il n’y a aussi peut-être pas assez de salaire et de motivation pour rester. »

L’occasion pour un autre viticulteur dans l’assistance, Jean-Marc Laffont, de rappeler que face à cette problématique, le négoce aussi « doit se moderniser en développant des marques et en amenant de la valeur ajoutée ». Ce dernier a également remémoré à l’assemblée qu’en 2015 les brouilly étaient de 300 € l’hectolitre contre 240 € aujourd’hui. Dans les enjeux qui cadreront la mandature, outre la transmission, Daniel Bulliat a mis l’accent sur la nécessite « d’unité du Beaujolais », de restructuration du vignoble et de diversification des exploitations. Sur le plan écologique, le président a mis en valeur les « 50 % d’exploitants qui ont obtenu une certification ». Malgré les prévisions de faibles récoltes annoncées, Daniel Bulliat a prôné l’optimisme. « Soyons convaincus qu’un avenir meilleur nous attend. Ce beaujolais a un marché énorme devant lui » a-t-il conclu.