Rigotte-de-condrieu
Les producteurs se tournent vers l’avenir

Marie-Cécile Seigle-Buyat
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Les producteurs du fromage AOP ont dû trouver des solutions pour pallier la fermeture des marchés de plein air et de la RHD, certains de leurs principaux débouchés. De nouvelles organisations parfois compliquées à mettre en place et très chronophages.

Les producteurs se tournent vers l’avenir
crédit photo : Françoise DELORME

Du jour au lendemain, le confinement a privé 2000 t de fromages AOP IGP d’un accès direct aux consommateurs selon le collectif « Soutenons nos fromages, nos terroirs et nos producteurs » porté par le Conseil national des appellations d’origine laitières (Cnaol). Parmi eux, la rigotte-de-condrieu. Ce petit fromage de chèvre, considéré comme confidentiel n’en régalent pas moins les papilles des plus grands. Nombreux sont les restaurants, parfois gastronomiques, à proposer ce fromage à leur carte. Parmi les treize producteurs fermiers, ils sont également une majorité à vendre leur production directement sur les marchés, notamment lyonnais. Alors quand, du jour au lendemain, la restauration hors domicile a dû fermer ses portes et que les marchés ont été interdits, tous ont dû faire preuve d’imagination, mais également de persévérance et de motivation pour écouler leurs stocks alors que les chèvres arrivaient en plein pic de production. « Dès le départ, nous avions l’objectif de ne pas jeter de lait, ni de fromages. Nous avons relevé ce défi », souligne Alicia Teinturier, animatrice du syndicat de la rigotte-de-condrieu AOP. Pour cela, personne n’a économisé son énergie.

S’adapter

Les éleveurs ont pour certains actionné des leviers pour limiter la production de lait, « alors que nous étions dans une année à lait, comme des réformes plus précoces, la distribution de moins de concentrés et d’une alimentation moins riche à leurs animaux », explique Alicia Teinturier. Des producteurs ont également transféré leur lait vers des productions de plus longue conservation comme de la tomme de garde ou encore vers des fromages frais. La fromagerie Guilloteau a quant à elle dû faire un peu de transfert de lait. Beaucoup ont également transformé leur mode de commercialisation. « Les quinze premiers jours de confinement ont été très compliqués, se souvient Claude Boucher, président de l’appellation et éleveur caprin et producteur fermier à Pélussin (42). Comme beaucoup de nos collègues, nous vendons une partie de notre production en direct notamment sur des marchés lyonnais. Nous avons donc dû réorganiser tout notre processus de commercialisation. » Paniers en collaboration avec des maraîchers, mise en place de commandes, annonces sur les réseaux sociaux… Les initiatives ont été nombreuses et plébiscitées par les consommateurs. Fort heureusement, les magasins de producteurs ont pu tirer leur épingle du jeu et permettre, grâce à la solidarité notamment envers les jeunes producteurs, d’écouler les fromages d’agriculteurs habituellement non apporteurs.

Vers un retour à la normale ?
Claude Boucher, président de l'appellation rigotte-de-condrieu. Crédit photo : ©Syndicat de Défense de l'Appellation Rigotte de Condrieu

Vers un retour à la normale ?

Pour autant, aujourd’hui les éleveurs aspirent à un retour à la normale. « Nous ne sommes pas habitués à cela. Ce type d’organisation est très chronophage et si nous voulions que cette dynamique s’inscrive dans la durée nous avons besoin de nous former, mais également d’outils pour organiser ces réseaux de manière plus efficiente. Par ailleurs, nous avons dû faire marche arrière concernant notre volonté environnementale d’aller vers moins de plastiques et cela a un coût. Aujourd’hui alors que les marchés et les restaurants peuvent rouvrir, j’espère que nos clients vont revenir », poursuit le président de l’appellation qui en revanche se réjouit que les prix de vente aient pu être maintenus. De nouveaux clients ont également été touchés pendant le confinement. Toute la difficulté est aujourd’hui de les conserver. Par ailleurs, pour mesurer toute l’ampleur de la crise pour l’appellation, le syndicat a lancé une enquête auprès des producteurs pour estimer les surcoûts de transports, de main-d’oeuvre et d’emballages rencontrés pendant cette période si particulière. Surtout, tous les opérateurs et le syndicat ont à coeur aujourd’hui de poursuivre les opérations engagées pour promouvoir l’appellation. « Nous donnons également rendez-vous en 2021 pour la traditionnelle fête « Vin et Rigotte en fête » que nous avons été contraints d’annuler cette année », conclut Alicia Teinturier.