Méthanisation
Une énergie en devenir

Emmanuelle Perrussel
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La mission d’information sur la méthanisation dans le mix énergétique a interrogé à la mi-mars, lors d’une audition publique, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), Jean-Louis Bal et du co-président de France Gaz Renouvelable (FGR), Jacques-Pierre Quaak. Cette énergie durable ne demande qu’à se développer.

Une énergie en devenir

Dans quelle stratégie énergétique la méthanisation peut-elle s’inscrire ? Où en sont les procédés de production ? Quels sont les risques environnementaux ? Et qu’en est-il de la méthanisation non agricole ? Tels sont quelques-uns des thèmes que la vingtaine de membres de la mission d’information sénatoriale présidée par Pierre Cuypers (LR, Seine-et-Marne) a abordés. Ainsi que l’a souligné Jacques-Pierre Quaak, « ce secteur énergétique est émergent (…) il nous faut encore du temps et des retours d’expérience pour en maîtriser parfaitement tous les aspects ». En effet, le biogaz issu de la méthanisation ne représente aujourd’hui « que 0,3 % de la production d’énergie électrique en France », a indiqué Jean-Louis Bal. Malgré tout, le nombre d’installations ne cesse de croître puisque presque un site de méthanisation a été mis en service tous les jours en France entre 2019 et 2020, le nombre total d’installations passant de 123 à 214. Il y a surtout « 1 200 projets qui sont en file d’attente » qui fournissent déjà 2,2 térawattheure par an « et qui sont capables de fournir 26 Térawattheure (TWh) », a ajouté Jean-Louis Bal. Le président du SER compare ce chiffre aux objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)  qui vise 6 TWh en 2023 et entre 14 et 22 TWh en 2028. « C’est décevant de voir la volonté politique déconnectée de la dynamique terrain », a-t-il regretté.

« Pas une poubelle »

La sécurité des sites est l’un des domaines qui préoccupe les sénateurs, notamment après l’épisode de Châteaulin qui, en août dernier, avait privé plus de 180 000 habitants d’eau potable pendant trois semaines. A ce sujet, Jacques-Pierre Quaak a répondu que la législation en vigueur « impose une rétention sur site. C’est obligatoire », a-t-il affirmé. « Il ne viendrait à personne d’acheter une voiture sans freinage ABS. Nous tendons aussi vers ce standard dans le secteur de la méthanisation (…) De même les torchères sont obligatoires », a-t-il ajouté, rappelant que les méthaniseurs étaient des sites répertoriés ICPE : installation classée pour la protection de l'environnement. Interrogés sur le digestat, tant Jean-Louis Bal que le co-président de FGR ont insisté sur le fait que celui-ci ne doit pas être considéré comme « le déchet d’un déchet mais plutôt comme un fertilisant organique » et que « les méthaniseurs ne sont pas une poubelle ». En effet, les agriculteurs-méthaniseurs ont l’obligation de tenir un registre d’entrée des déchets organiques, y compris les déchets graisseux ou très humides qui ne peuvent pas être compostés, avec le nom du fournisseur. « En plus, nous avons des contrôles inopinés et pour les sites en injection, GRDF contrôle toutes les deux minutes la qualité du gaz ». Sur la question des résidus d’ammoniac que peut générer le digestat, la filière française de biogaz va « s’inspirer des pays nordiques qui maîtrisent très bien l’enfouissement » a indiqué Jean-Pierre Quaak. Selon l’ADEME, le coût du traitement des déchets par méthanisation est de l’ordre de 50 € la tonne, contre une centaine d’euros pour l’incinération ou pour le stockage des déchets non dangereux.

 

Source : Actuagri