Nitrates
"Nous ne voulons pas payer pour une pollution qui ne serait pas la nôtre"

Simon Alves
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Le nouveau zonage du 7e programme d'actions national (PAN) ne satisfait pas la FDSEA. Pascal Girin, président du syndicat, souhaite sa réévaluation pour faire établir formellement l'origine de la pollution aux nitrates sur les territoires concernés. Interview.

"Nous ne voulons pas payer pour une pollution qui ne serait pas la nôtre"
Pascal Girin, président de la FDSEA 69, conteste le zonage du programme d'action national "nitrates".

L’élaboration du 7e programme d’actions national « nitrates » (PAN) est en cours ce qui induit la révision des zones vulnérable de notre département. Ce programme définit les mesures à mettre en place pour lutter contre la pollution de l’eau par les nitrates d’origine agricole dans les zones vulnérables. Dans notre département nous sommes concernés par la révision des zones sur deux bassins, le bassin Loire-Bretagne et le bassin Rhône-Méditerranée. Le calendrier prévoit une consultation publique en avril et une validation d’un projet définitif de zonage par le préfet de bassin en juin. L’entré en vigueur du nouveau zonage se ferait en septembre 2021.

Pascal Girin, la révision des zones vulnérables dans le Rhône de ce 7e PAN ne semble pas satisfaire la FDSEA. Quel est le problème ?

Tout d'abord nous, ainsi que la profession agricole, avons été associés un peu tardivement à la concertation, peut-être à cause des conditions sanitaires. Nous avons découvert la première version du nouveau zonage de la DREAL le mois dernier, avec 94 communes supplémentaires qui entreraient dans ce programme. C'est un nombre très important, et nous avons engagé un travail de concertation avec la chambre d'agriculture pour demander les éléments ayant permis d'obtenir ce résultat.

Vous pensez que la méthode utilisée pour délimiter le zonage ne convient pas ?

On a mis le doigt sur des éléments qui nous semblent anormaux. Par exemple des lieux de prise d'échantillons qui se trouvent en aval de certaines zones urbaines et qui présentent des taux de nitrates plutôt élevés. Nous n'avons donc pas la certitude que la pollution qui a été décelée soit bien d'origine agricole.

Avez-vous constaté d'autres anomalies ?

Sur les échantillons, nous avons d'autres questions. Certains territoires comptent dix prélèvements tandis que d'autres en comptent quatre ou cinq. Des résultats ont aussi été obtenus sur la période de fin février-début mars, après de fortes de précipitations et à la suite d'une période de six mois relativement sèche. Cela pourrait expliquer cette concentration élevée. On sait que l'origine des nitrates provient essentiellement de l'élevage. Or sur un certain nombre de zones proposées, l'élevage est en régression. Ce n'est pas cohérent.

Si l'agriculture n'est pas responsable de ces taux élevés, d'où la pollution peut-elle provenir ?

On pense à la chute des feuilles en automne qui ont commencé à se décomposer et donc à dégager des nitrates dans le cas des résultats de février-mars. Cela peut aussi provenir de fumure azotée d'autres cultures ou de rejets de stations d'épuration. Sur les zones proposées, on sait que des collectivités ont des équipements qui ne sont pas encore aux normes. Donc le doute persiste.

Que réclamez-vous alors que la consultation publique se poursuit jusqu'au mois d'avril ?

Nous réclamons des éléments de précision sur la provenance de cette pollution et il est indispensable qu'on les obtienne. Nous avons proposé lors d'une réunion le 12 janvier avec la DTT et la Préfecture d'exclure un certain nombre de communes proposées. Je précise d'ailleurs, ce qui m'a surpris, qu'aucun autre syndicat agricole présent n'ait fait d'observation. Et je ne parle des absents. Les échéances sont relativement courtes et nous n'avons pas le temps de redemander des analyses complémentaires. Nous demandons aussi un ajustement des règles d'application de la directive nitrates qui soient plus cohérentes avec l'agronomie et le réchauffement climatique. Notamment en ce qui concerne les dates d'épandage qui doivent s'adapter aux territoires, à la météo et à la vie des plantes, et non basées sur des dates fixées à l'avance.

Que craignez-vous si le zonage est confirmé ?

Cela concernerait plusieurs centaines d'exploitations sur notre territoire. Il y aura certes des aides pour que les agriculteurs puissent mettre en œuvre ces changements que ça impliquera, mais nous avons des interrogations quant au budget. Nous ferons tout pour que les financements prévus pour accompagner les agriculteurs soient à la hauteur. Les contraintes les plus importantes concerneront le monde de l'élevage. Il faudra passer à des capacités de stockage de 4 mois et demi, soit 15 jours de plus. Les dates d'épandage seront plus strictes, avec un suivi administratif.

La France a été mise en demeure par la Commission européenne de respecter la directive sur l'eau potable à cause des quantités excessives de nitrates observées dans ses sols. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

On sait qu'aujourd'hui il y a une pression au niveau français de la part de l'Europe qui considère que l'on n'a pas classé suffisamment de zones par rapport à nos voisins. Nous cherchons juste à connaître l'origine de cette pollution. Si elle vient du milieu agricole, alors on en assumera les conséquences. Mais nous ne voulons pas que l'agriculture paye l'addition d'une pollution qui ne serait pas la nôtre. La FDSEA continuera à se battre pour une application de la « Directive nitrates » adaptée aux contextes locaux et à la diversité des systèmes agricoles, fondée agronomiquement, compréhensible et gérable par chaque agriculteur et viable économiquement.

Propos recueillis par Simon Alves