« La délinquance agricole ne doit pas être une fatalité »

Cédric Perrier
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Isolées et équipées de matériels haut de gamme, les exploitations agricoles sont exposées à une délinquance dite d’appropriation. Le groupement de gendarmerie départementale du Rhône (GGD69) et la FDSEA souhaitent développer des dispositifs de prévention et d’échanges d’information pour renforcer la sécurité.

« La délinquance agricole ne doit pas être une fatalité »
Le Lieutenant-colonel Jean-Christophe Larroque, du GGD69.

Pouvez-vous nous préciser ce qu’est la cellule Déméter créée par l’ancien ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, avec l’appui de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs ?

Lieutenant-colonel Jean-Christophe Larroque, du GGD69  : « Elle fait suite à la convention signée entre la FNSEA, les JA et le ministère de l’intérieur, le 13 décembre 2019 pour lutter contre l'agribashing dont fait l'objet le monde agricole. L’objectif est de protéger les agriculteurs des agressions et intrusions sur les exploitations agricoles. C’est une base de travail pour plus de sécurité. »

Concrètement, comment travaillez-vous ?

Lieutenant-colonel Larroque : « La cellule de prévention technique de la malveillance (CPTM) est composée de trois experts dans le Rhône. Ces référents sûreté sont assistés par des correspondants. Ces gendarmes territoriaux sont les premiers contacts de terrain. Toutes les informations de vol, d’intrusion et autres sont ainsi remontées jusqu’à la cellule Déméter ce qui nous permet de cartographier les différents faits sur le territoire nationale. »

Le département du Rhône est-il particulièrement concerné par ce type de délinquance ?

Lieutenant-colonel Larroque : « Tout d’abord, cette délinquance d’appropriation n’est pas spécifique à l’agriculture. Les agriculteurs sont souvent isolés quand de plus en plus ne vivent plus sur leur exploitation, des situations qui peuvent donc favoriser cette délinquance. Nous n’avons pas remarqué un vol plus qu’un autre, si ce n’est peut-être le vol de GPS. La problématique dans l’agriculture, c’est que le matériel coûte souvent très cher. Pour ce qui est du Rhône, le département est moins touché qu’ailleurs. »

« Porter plainte acte les faits »

Que conseillez-vous aux agriculteurs afin de sécuriser au mieux leurs exploitations ?

Lieutenant-colonel Larroque : « Nos référents sûreté sont là pour les conseiller et souvent on parle de bons sens : bonne organisation dans la gestion de son matériel, à savoir le rentrer dans un bâtiment fermé, garder les cuves à gasoil à proximité des habitations, fermer les accès aux champs, maintenir les produits phyto dans un local fermé et pour les grosses exploitations penser à la vidéoprotection. Je parle ici de gestes de prévention. Le cambrioleur cherche la facilité avant tout. Le vol ne doit pas être une fatalité. »

D’où votre ambition de nouer des contacts plus étroits avec le monde agricole ?

Lieutenant-colonel Larroque : « On cherche à libérer la parole chez les agriculteurs et les inciter à porter plainte, ce qu’ils ne font pas assez aujourd’hui. C’est essentiel de prévenir la gendarmerie. Nous avons besoin de ces remontées d’information afin d’anticiper la malveillance. Pour mieux détecter les menaces, nous avons besoin des agriculteurs. Sans eux, nous ne pouvons pas intervenir. J’ai le sentiment que le vol c’est un peu comme la sécheresse, une fatalité. Or je dis aux agriculteurs qu’ils doivent être des acteurs de la citoyenneté. Et de mon côté j’invite fortement mes gendarmes à prendre contact avec les agriculteurs. »

Faute de temps, réflexe non automatique chez les agriculteurs, voire pudeur, existe-t-il une autre solution que le dépôt de plainte ? 

Lieutenant-colonel Larroque : « Avec la FDSEA nous allons créer d’ici la fin de l’année une adresse email afin que les agriculteurs puissent nous faire remonter les différents actes de délinquance. En retour, nous serons vigilants et on pourra envoyer une brigade sur le terrain. Mais encore une fois, porter plainte acte les faits. »

« Détecter pour une réponse judiciaire adaptée »

Appeler le 17 est-il une autre possibilité ?

Lieutenant-colonel Larroque : « Si le fait est important, bien entendu que c’est une autre possibilité. Je pense aussi à de simples tags, type agribashing, sur des bâtiments ou du matériel agricole. Pour l’agriculteur cela peut paraitre anodin, sans importance, mais nous avons besoin de connaître ces faits qui peuvent nous permettre de remonter tout un réseau et d’endiguer le phénomène. Il n’y a pas de petites infractions. De plus, ces retours  de terrain nous aident à détecter d’éventuelles menaces de groupuscules hostiles à certains types d’agriculture. Nous faisons également une veille sur les réseaux sociaux. C’est bien parce que nous avons ce type de renseignements que les procédures peuvent se mettre en place : détecter, identifier puis renseigner les magistrats sur les phénomènes rencontrés afin d’apporter une réponse judiciaire adaptée. »

En cas de délit, quelles sont les démarches à suivre par l’agriculteur ?

Lieutenant-colonel Larroque : « Tout d’abord s’assurer des faits de délinquance et ensuite appeler la brigade locale. Les gendarmes se déplacent pour constater et l’agriculteur porte plainte. S’ensuit une enquête et les faits sont remontés jusqu’à la cellule Déméter ce qui nous permet d’avoir cette vision globale des problématiques.

Avez-vous prévu d’autres actions afin de vous rapprocher du monde agricole ?

Lieutenant-colonel Larroque : « Nous avons d’ores et déjà des patrouilles qui font le tour des exploitations, on l’a notamment vu avec les propriétaires d’équidés ces dernières semaines. Nous allons également assister aux différentes assemblées générales de la FDSEA du Rhône, ce qui permettra aux agriculteurs de nous interroger directement. Nous cherchons à nouer le contact avec l’ensemble des acteurs du territoire. »