Point vignobles
Le millésime prend forme

David Duvernay
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Profitant de conditions climatiques jusqu’à présent clémentes, la récolte 2020 maintient le bon cap, même si l’oïdium et le black-rot menacent toujours…

Le millésime prend forme

La saison 2020 franchit un nouveau cap avec le début du mois de juillet. Tous les vignerons du Beaujolais, mais aussi ceux des autres vignobles du département (lire ci-dessous) espèrent que ces huit à dix prochaines semaines avant la récolte resteront propices à la vigne, c’est-à-dire sans aléas clima­tiques trop extrêmes (grêle, canicule, sécheresse). Car ce futur millésime 2020 continue de se construire dans des conditions clémentes et favorables à son équilibre, à l’heure où les secteurs les plus précoces du vignoble Beaujo­lais s’apprêtent, dans quelques jours probablement, à entamer le stade début véraison. « Déjà » diront certains… La précocité de cette saison 2020 ne se dément toujours pas.

Pour les parcelles les plus tardives, il faudra faire preuve d’un peu plus de pa­tience encore (stade petits pois, voire fermeture de grappe). Mais leur tour viendra, tandis que la première moitié de juillet s’annonce très ensoleillée et sèche. Ce qui va légèrement contraster avec le mois de juin, marqué par des précipitations hebdomadaires, interca­lées entre de belles éclaircies. Selon les données récoltés et communiquées par la chambre d’agriculture ce mardi 30 juin, les cumuls de pluie pour le mois écoulé atteignent 116,3 mm à Juliénas, 76,2 mm sur Le Perréon et 63,4 mm à Chazay.

Oïdium et black-rot, toujours

Les conditions climatiques de juin n’ont pas atténué les dynamiques de pres­sion des maladies. Dans le viseur des vignerons, l’oïdium et le black-rot contre lesquels il faudra assurer une couver­ture jusqu’au début de la véraison selon Nina Chignac, conseillère viticole à la chambre d’agriculture. « Pour l’oïdium, nous sommes actuellement dans une phase explosive, avec une augmentation de la fréquence et de l’intensité des symp­tômes. Les risques sont importants pour les parcelles déjà touchées. Dans ce cas, une protection est à maintenir jusqu’à ce que les baies s’éclaircissent. Les préconi­sations sont identiques pour le black-rot, alors que les symptômes sur grappe se multiplient dans nos parcelles de témoins non traités », explique-t-elle. Seul le mil­diou n’a pas nécessité le déclenchement d’une alerte aussi imposante que les deux autres maladies. « On repère de rares taches sur feuille dans le vignoble. Globalement, c’est très sain. Un traite­ment peut être mené en fin de saison pour conserver un feuillage en bonne santé. Mais actuellement, ce n’est pas néces­saire », informe-t-elle.

Une protection pourrait être recomman­dée contre les vers de la grappe, les vols de la deuxième génération étant en cours. « Il faudra surveiller les pontes cette semaine et la suivante. Actuelle­ment, nous piégeons des papillons. Des membres du réseau ViseO ont observé ce lundi 29 juin 8 oeufs pour 100 grappes. C’est un pourcentage élevé, qui nécessite­ra un traitement dans les zones à risque. Mais nous préconisons aux vignerons de se rendre dans leurs parcelles et de compter les oeufs, d’autant que les conditions cli­matiques de ces jours-ci sont favorables », annonce Nina Chignac.

En conclusion de ce nouveau « Point vi­gnobles » pour le Beaujolais, la conseil­lère viticole se montre confiante quant à la qualité du millésime 2020. « Globale­ment, la récolte s’annonce correcte quan­titativement. On note néanmoins quelques contrastes avec des parcelles bien four­nies en raisins et d’autres moins pourvues. Cette différence de quantité est difficile à expliquer. Certaines grappes sont victimes de millerandage. Des viticulteurs nous ont aussi informés que les parcelles touchées par le gel l’an dernier sont bien pourvues en raisins cette saison », rapporte-t-elle. Le Réseau maturation Beaujolais va en­suite prendre le relais et permettra aux professionnels d’en savoir plus sur le profil de la récolte à venir…

L’horizon s’éclaircit aussi en coteaux-du-lyonnais, condrieu et côte-rôtie

L’enthousiasme est aussi de rigueur dans les vignobles du Sud du département. En coteaux-du-lyonnais, les stades phé­nologiques de la vigne s’enchaînent à bon rythme, avec une quinzaine de jours d’avance par rapport à la saison 2019, précocité que les vi­gnerons de l’appellation pourront affiner lorsque les premières baies auront pris quelques couleurs. « C’est un beau millésime qui se pro­file à l’horizon, soutient Catherine Tournemelle, conseillère viticole à la chambre d’agriculture, pour qui ce sera le dernier « Point vignobles » avant son départ mi-juillet de la chambre d’agriculture. La charge est correcte. Les chardonnays com­mencent à devenir translucides, ce qui annonce le début de la véraison. Nous avons connu un léger épisode de grêle jeudi 18 juin, avec quelques baies touchées sur le secteur de Grigny-Or­liénas, mais rien de grave globalement. Les précipitations régulières ont été les bienvenues. La vigne n’est pas du tout en stress hydrique ». Sur le plan sanitaire, rien à signaler ou presque pour la conseillère viticole. Quelques taches d’oïdium, notamment sur des parcelles de chardonnay sensibles, mais bien moins nombreuses qu’en 2019. « Quant aux taches de mildiou, il faut vraiment les chercher pour les trouver », enchaîne-t-elle.

« Quantitativement, c’est variable »

Plus au Sud, dans les appellations condrieu et côte-rôtie, le schéma est similaire au précédent. Peu de mildiou, hormis sur quelques par­celles en plaine, quelques taches de black-rot, uniquement sur les sec­teurs sensibles, et pas d’oïdium, seu­lement sur des témoins non traités. « On a l’impression que les maladies n’évoluent pas très vite », résume-t-elle, à une période où le stade fermeture de grappe est déjà bien entamé sur les secteurs précoces de deux appellations. « Les baies s’éclaircissent. On peut s’attendre à un début véraison dans une dizaine de jours environ. Quantitativement, c’est variable. Des secteurs en côte-rôtie ont souffert de millerandage. Car on repère des grappes allongées et lâches. Mais pour l’instant, on peut estimer que les rendements sont très satisfaisants », dit-elle.

Si des averses très localisées se sont abattues dans le Sud du département vendredi 26 juin, la pluviométrie de ces dernières semaines n’est pas aussi im­portante que dans le Beaujolais selon Catherine Tournemelle. « Cependant, la pluie tombe régulièrement. On ne constate pas de stress hydrique, ni de jaunissement des feuilles contraire­ment à l’année dernière à la même époque », conclut-elle. La seule vigi­lance pour ces prochaines semaines concernera les vers de la grappe, les générations du mois d’août consti­tuant souvent une problématique sur des secteurs des deux appellations.