Portrait
Éleveurs de père en fille

Emmanuelle Perrussel
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Angélique Forest a rejoint son père, Armand Forest, sur l’exploitation en 2011. Ils élèvent une cinquantaine de vaches laitières à Longes, une commune dynamique au niveau agricole. Rencontre.

Éleveurs de père en fille

Longes, aux portes de la Loire, est un petit village qui accueille un nombre assez important d’éleveurs, notamment des jeunes générations. Angélique Forest est de ceux-là puisqu’elle s’est installée en 2011 avec son papa sur l’exploitation familiale qui s’étend sur 76 ha et qui compte un troupeau d’une cinquantaine de vaches laitières de races red’holstein et montbéliarde. Les 300 000 l de lait produits sont livrés à Agrial.

La jeune femme a suivi un parcours « classique » : Bepa et Bac professionnel à la MFR de Saint-Laurent-de-Chamousset, puis elle a été aide familiale pendant six mois, avant son installation. « J’ai toujours voulu devenir agricultrice et élever des vaches. J’aime les animaux, le plein air, ce contact avec la nature, la liberté d’organiser soi-même son temps. Comme mon père ! Ni les aléas du prix du lait, ni l’astreinte liée à la traite ne m’ont fait douter », détaille Angélique.

Une exploitation confortée

Son arrivée sur l’exploitation a pu être confortée par la reprise de 23 ha de surfaces dans les environs : « nous avons la chance d’avoir un parcellaire assez regroupé », souligne-t-elle. Et 10 à 15 vaches ont augmenté le troupeau. Voilà deux ans, qu’ils utilisent leur nouvelle salle de traite 2X6 avec système de décrochage en épi. Reste à terminer le bâtiment à logettes pour abriter les veaux et améliorer le confort de travail.

Le plateau près de Rive-de-Gier est réputé venté et séchant avec des terrains sableux, un microclimat parfois hostile à certaines cultures. « On mise beaucoup sur l’herbe et le méteil pour alimenter nos animaux. Depuis 2020, on a arrêté de produire du maïs à cause de la sécheresse récurrente ces dernières années et des dégâts fréquents provoqués par les sangliers. Cette année par exemple, on a acheté un peu de maïs ensilage pour compléter les rations et du maïs grain humide qui est concassé avant d’être stocké en boudins. Nous avons été assez déçus par notre rendement en méteil en 2020, impacté notamment par la sécheresse précoce. À l’avenir, on pense continuer à acheter un peu de maïs ensilage », révèle Angélique.

L’amour du métier malgré l’adversité

L’éleveuse est aussi présidente du canton des Jeunes agriculteurs de Condrieu Givors, mais elle déplore le manque de dynamisme du groupe au regard du nombre de jeunes installés sur le secteur. « La perte des aides due au nouveau périmètre des zones défavorisées simples (ZDS) a fait beaucoup de dégâts dans notre secteur », avance-t-elle.

Les Cuma créent cependant des liens entre exploitants et un projet d’irrigation est attendu sur le secteur. « Car nous n’avons pas accès au réseau collectif ici à Longes, il s’arrête à Condrieu. » Angélique aime son métier, cela ne fait aucun doute mais elle ne peut s’empêcher d’être inquiète de la montée de l’agribashing. « Cela fait quelques temps que nous rencontrons des difficultés avec certains riverains. Une personne a pris en photo à plusieurs reprises mon père alors qu’il sulfatait dans une parcelle, un autre jour c’était lorsque j’épandais de la chaux. On a parfois des agressions verbales aussi… On en arrive à se demander jusqu’où certains pourraient aller. Heureusement tout le monde n’a pas une image aussi négative de notre métier ! », conclut Angélique.