Appellations sous tension
Filières / AOP, IGP, labels territoriaux… Ces signes d’identification de la qualité et de l’origine structurent des filières entières et façonnent nos paysages. Pourtant, entre pression climatique, fragilité des outils économiques et difficultés de transmission, leur équilibre devient plus précaire. Dans le Rhône, plusieurs exemples récents illustrent une réalité nouvelle : un label protège un nom, mais il ne garantit plus la pérennité d’une filière.
Une AOP peut-elle disparaître ? Encore taboue il y a quelques années, la question s’invite aujourd’hui dans les réunions de producteurs. Dans le Rhône, des cerises aux fromages en passant par les vins, les signes de qualité restent un formidable levier mais ne sont plus un bouclier automatique.À Bessenay, début février, les arboriculteurs de l’association ARB dressaient le bilan d’une année 2025 éprouvante. Pluies destructrices en pleine récolte, pression accrue de la drosophile suzukii, canicule estivale… « Elle a été compliquée avec des résultats moyens voire mauvais », résumait le président Aurélien Gayet. La cerise bénéficie pourtant d’une AOP, mais la reconnaissance officielle ne met pas à l’abri des aléas ni des tensions de marché. Les producteurs parlent désormais de « rebooster l’AOP » et de mieux réguler les volumes. Le constat est clair : le signe valorise mais ne sécurise pas tout.Le cas de la Rigotte de Condrieu est plus spectaculaire encore. Cette AOP fromagère emblématique du Pilat est passée de 108 tonnes en 2017 à seulement 32 tonnes aujourd’hui. Elle ne rassemble plus qu’une douzaine de producteurs fermiers. Le choc est venu de la...
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