Commercialisation
Des opportunités avec la GMS

Emmanuelle Perrussel
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Dans le département, des groupes d’éleveurs s’organisent pour commercialiser en direct de la viande auprès de la grande distribution.

Des opportunités avec la GMS

Des produits locaux et de qualité accessibles au plus grand nombre. La grande distribution elle aussi surfe sur cette tendance et s’efforce de répondre à la demande des consommateurs. Ces dernières années, plusieurs éleveurs allaitants du département se sont entendus pour vendre leurs produits à des enseignes de distributeurs en direct sans passer par la centrale d’achat. Selon Laurent Goujat, éleveur à Cours et coprésident de la section bovine, « il y aurait au moins 5 ou 6 groupes d’éleveurs qui livrent plusieurs bêtes par mois. C’est un marché de niche sur lesquels il est possible d’aller chercher de la valeur pour nos produits. Certains distributeurs sont demandeurs et prêts à payer la qualité, le local et l’image du producteur. À nous éleveurs, de saisir ces opportunités dans un contexte où la conjoncture n’est pas florissante. Et si travailler près d’une grande métropole est source de contrainte, cela peut aussi être une chance, compte tenu de la taille du bassin de consommation à notre portée. »

Aller chercher de la valeur

L’objectif est d’être mieux payé. Il faut cependant prendre en considération certains paramètres. « Il est plus facile d’y aller à plusieurs en général car ces enseignes sont ouvertes 7 jours sur 7 et ont besoin d’être approvisionnées toute l’année. Ce n’est pas non plus une « formule clé en main » : par exemple, l’éleveur doit en général conduire lui-même ses bêtes à l’abattoir qui travaille avec l’enseigne, il peut aussi être amené à participer à la communication et à la promotion dans le magasin : mettre en place la PLV, proposer des animations auprès des consommateurs… », souligne Laurent Goujat.

La section bovine peut accompagner les éleveurs intéressés par ces marchés. « Certains d’entre nous bénéficient déjà d’une certaine expérience qui peut être utile à d’autres. Nous disposons de données sur les coûts de production qui permettent de jouer la transparence et de servir de base de discussion avec l’enseigne. Outre l’aspect économique, il y a aussi la satisfaction personnelle, qui elle n’est pas chiffrable, mais très importante pour rester motivé par son métier », conclut le jeune éleveur.

« Le jeu en vaut la chandelle »

À Saint-Symphorien-sur-Coise, dans les monts du Lyonnais, le Carrefour Market propose depuis le 2 novembre de la viande locale. Celle de quatre éleveurs issus des environs, dont Mathieu Vial, président du syndicat Limousin du Rhône. Une initiative loin d’être une nouveauté pour cet agriculteur installé depuis 2010 sur la commune des Halles dans l’exploitation familiale. « Nous avons commencé avec le magasin Intermarché de Souzy avant de nous tourner vers celui de Lamure-sur-Azergues en 2012, explique-t-il. Cela nous permet de mieux valoriser nos produits. On en avait un peu marre de la fluctuation des cours du marché. » Cette flexibilité dans la négociation, elle se retrouve dans le prix. En moyenne, sur les dix dernières années, Mathieu Vial estime gagner entre 40 et 60 centimes au kilo de carcasse par rapport aux circuits traditionnels.

Et au jeu de la vente de proximité de la grande distribution, les moyennes surfaces tirent leur épingle du jeu, selon l’éleveur. « Les hypermarchés fonctionnent à la grille et les petites surfaces ne peuvent pas forcément suivre nos tarifs, raconte l’éleveur. Les moyennes surfaces, on leur présente nos produits et ils savent la plus-value que ça leur apportera de travailler avec du local. Et avec la Covid, ils savent qu’aujourd’hui le jeu en vaut la chandelle. » C’est d’ailleurs une relation de confiance qui finit par s’établir entre le groupement et le magasin. Comme le détaille Mathieu Vial, un partenaire potentiel qui « veut travailler dans le sens du client, ça se sent ». Ici, pas de contrat établi entre les différentes parties. Les quatre éleveurs demandent simplement au revendeur de s’engager sur une durée de six mois. « C’est le temps que nous leur donnons s’ils souhaitent arrêter toute collaboration, afin que toutes les bêtes mises à l’engraissement soient passées », précise-t-il. Avec Carrefour Market, le groupement table sur 50 bêtes vendues par an. Selon les premiers retours, après un peu plus d’un mois de collaboration, la viande se vend mieux dans l’enseigne. De bon augure ?