Saint-amour
Coup de cœur pour Arthur Lotrous

David Duvernay
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Installé à Saint-Amour-Bellevue (71), Arthur Lotrous vient de vivre sa deuxième récolte. Portrait d’un jeune vigneron volontaire à l’idée de faire connaître son domaine et l’appellation.

Coup de cœur pour Arthur Lotrous

Dans cette série consacrée aux vignerons récemment installés dans le Beaujolais, pour le cru saint-amour, nous aurions pu réaliser ce portrait en février dernier, en référence à la Saint-Valentin, le 14 février. Mais réduire le plus bourguignon des crus du Beaujolais uniquement à cette journée des amoureux est un cliché dont les producteurs de l’appellation veulent se défaire. C’est aussi la vision d’Arthur Lotrous. "Nous sommes assez vigilants sur ce point. Certes, nous avons la chance d’avoir un nom d’appellation parlant. Comme pour les beaujolais nouveaux avec le troisième jeudi de novembre, nous sommes mis en avant à cette fameuse date du 14 février. Mais on se doit aussi de faire exister nos vins de garde tout au long de l’année."
Deux ans après son installation sur le domaine qu’il a lui-même créé, Les Sources d’Agapé, Arthur Lotrous exprime ainsi des convictions fortes et un certain attachement à cette appellation qu’il porte déjà dans son coeur. Le choix du nom du domaine n’est pas un hasard. "Les sources, parce que le siège de l’exploitation se situe rue des Sources. Et Agapé, qui est le mot grec pour l'amour « divin » et « inconditionnel ». Ce terme a aussi un autre sens. Les agapes signifient les repas copieux et joyeux entre amis. Et ce deuxième sens ressemble pleinement à l’état d’esprit qui règne dans le Beaujolais", dit-il.

"L’euphorie de la première visite"

Le vigneron de 30 ans aurait pu s’installer ailleurs que dans le Beaujolais, après avoir multiplié les expériences professionnelles dans différents vignobles (Bougogne, Cognac, Bordeaux) et dans différents types de structures viticoles (cave coopérative, indépendant, biodynamie, etc.), pendant et après son BTS viticulture-oenologie à Davayé. Mais c’est bien le Beaujolais qu’il a choisi, "là où c’est le plus facile de s’installer. On m’avait contacté pour me proposer ce domaine à Saint-Amour-Bellevue, avec ses vignes et le bâti. Le premier jour de la visite, j’étais en pleine euphorie. J’avais plein d’idées et de projets en tête. Les jours suivants, l’euphorie retombe vite, surtout au moment d’aborder les chiffres prévisionnels. Mais je n’ai pas longtemps hésité. D’autant que le Beaujolais donne l’opportunité à des jeunes comme moi de s’installer et de participer à son renouveau".
Sur 6,5 ha, dont la majorité se situe en appellation saint-amour donc (6 ha) – le reste en Juliénas – Arthur Lotrous vient donc de vivre sa deuxième récolte. Ses vignes, toutes en gobelet et plantées sur terrains relativement pentus, ont en moyenne plus de 60 ans. Des conditions qui ne l’ont pas refroidi pour entamer une démarche de conversion vers le bio.
"C’est la tendance actuelle. Ce qui me plaît, c’est travailler les sols. Je me suis équipé d’un enjambeur et d’outils. Peut-être que je restructurerai des parcelles aussi pour faciliter la mécanisation. C’est aussi un devoir de renouveler nos vignes. Malgré tout, je ne veux pas tirer un trait sur ce que les anciens ont réalisé par le passé. Si le gobelet a été développé, c’est qu’il y avait forcément une raison. À nous d’opter pour le bon matériel".

Une implication pour le collectif

Sur le plan commercial, Arthur Lotrous doit aussi trouver son rythme de croisière pour vendre ses trois cuvées en saint-amour (lire par ailleurs) et ses deux en juliénas. Mais la Covid-19 et surtout ce deuxième confinement automnal, viennent contrecarrer ses plans. "L’avenir économique est incertain. Je rentre dans une période où je dois vendre du vin au risque d’être en danger. Mais je reste optimiste et je me dis que demain sera meilleur." Pour développer son réseau commercial et, au préalable, faire connaître son domaine, le vigneron de la Côte de Besset, qui a obtenu une médaille d’or au dernier concours des vins Féminalise pour son saint-amour Mont Besset, a fait appel à une personne pour l’aider dans cette tâche vitale et précieuse. D’autant plus que son implication pour le collectif a pris un nouveau tournant ces derniers jours. Élu au conseil d’administration du cru saint-amour, il vient également d’intégrer celui de l’ODG de l’Union des crus, qu’il représentera désormais au sein de la commission communication d’Inter Beaujolais. "Le cru saint-amour est un vignoble à taille humaine. Mais il faut toujours le faire vivre. On oublie trop ce que représente une appellation d’origine protégée. C’est une marque collective qu’on se partage entre producteurs. Dès mon arrivée, j’ai rapidement pris contact avec le président Joseph de Sonis et les autres élus. J’estime qu’il est important de s’impliquer, d’autant qu’au cru saint-amour, nous avons plein d’atouts : un nom porteur, une richesse de terroirs démente et un village avec trois restaurants réputés et dynamiques. Et le Beaujolais, c’est un état d’esprit à part entière. Il faut le conserver…"

 

Un lieu-dit mais trois cuvées

Un lieu-dit mais trois cuvées

Avec 6 ha d’un seul tenant, sur le lieu-dit Côte de Besset, il n’était pas question pour Arthur Lotrous de proposer une seule cuvée de saint-amour. Dès sa première récolte en 2019, et grâce à la collaboration de son oenologue, il a fait le choix de produire trois cuvées, en s’appuyant sur une géologie variable autour de son domaine pour isoler des parcelles indépendantes. On retrouve ainsi son saint-amour « Petit Besset », cuvée produite à partir de vignes plantées sur des éblouis gréseux (coteau Est). Après vinification (vendanges manuelles, douze jours de macération carbonique en grappes entières, levures indigènes), il a procédé à un élevage de douze mois : 25 % en vieux fûts, 75 % en cuve.
Sa seconde cuvée « Côte de Besset » (coteau Est sur sol du piemont et alluvions) a été élevée six mois en cuve acier émaillé, après dix jours de macération carbonique. Quant à sa cuvée haut de gamme « Mont de Besset », dont la vendange est issue du haut de ce coteau, sur des sols gréseux peu profonds – "c’est la roche mère" - Arthur Lotrous a opté pour un élevage de douze mois en vieux fûts. "Avec mon oenologue, j’ai pris plaisir à déguster ces trois cuvées, dont deux sont parcellaires. J’aspire à produire des vins gouleyants et fruités. Le gamay est fait pour cela. Mais on distingue aussi de la structure dans ces vins. Je les travaille en essayant de respecter le raisin en lui-même. Je ne suis pas dans un esprit nature car je m’autorise des doses de sulfites faibles pour les sécuriser. Mais je tiens vraiment à préserver la vendange en n’utilisant pas de pompe à vendange avant pressurage par exemple", détaille le jeune vigneron, déjà très satisfait de sa récolte 2020.